Le match où j'ai vu rouge
Saison 2·Épisode 2·15/3 vs 15/4
Ça faisait des semaines que je n'avais pas joué - le dernier match remontait à fin janvier, et on est déjà après la Saint-Valentin. La série en cours n'est pas glorieuse : que des défaites sur les derniers matchs. Mais c'est le nouvel an chinois, donc renouveau, donc victoire - c'est la théorie du jour, signée le signe de la chèvre. Après avoir perdu une boucle d'oreille dans la douche (heureusement, j'avais acheté une deuxième paire), direction Cagnes-sur-Mer pour le premier tour du tournoi d'hiver de l'US Cagnes. On joue semi-couvert : un toit au-dessus de la tête, mais le vent qui passe quand même. Ce bruit de balle sous couvert, ça fait toujours plaisir.
Jules, 15 ans, école Sinner
En face, Jules, 15/4, la jeunesse de la région en force : il a autour de 15 ans et il viendrait de la Mouratoglou, il me semble. Techniquement, c'est impressionnant - le poignet, le coup droit qui termine parfaitement derrière, le kick qui rebondit, les montées au filet. On dirait l'école Sinner. À côté, mon jeu ressemble à un cauchemar, mais moi je me bats avec la passion : c'est mon avantage tant qu'elle est là. Les abonnés savent comment je joue de toute façon - je fais jouer l'adversaire, avec mes armes.
Le premier set, il le prend en restant solide, même si je m'accroche et que je m'offre le septième jeu, celui que je juge le plus important. Et il y a déjà ce moment improbable : un point que je gagne sur un smash facile, mais que je décide de remettre parce que ma caméra, posée sur son trépied au bord du court, a pu le gêner. C'est de ma faute si elle est là, je ne peux pas me permettre de prendre des points comme ça. Je perds le point remis, mais je reprends quand même le jeu derrière. Je crois au bon karma : quand on fait les choses bien et qu'on est fair-play, on nous les rend.
La marque qui me fait vriller
Le drama arrive au deuxième set, que je démarre pourtant très bien. Une balle de Jules sort - vraiment, de 20 ou 30 cm - et en intérieur, on le sait tous, les balles laissent des traces. Je lui fais signe d'attendre, je vais voir la marque, je l'indique : faute. Sa réponse : trop tard, je n'ai pas le droit d'annoncer la balle après. Je découvre des règles. Je ne joue pas mon CDI sur ce match, alors je lui laisse le point - mais je vous l'admets, ça me fait vriller. Je vois rouge, et je donne complètement le jeu derrière. Lui, j'ai l'impression que la situation le booste. Quelqu'un du club, qui a vu la scène sans la comprendre, vient me souhaiter bon courage et me dire de m'accrocher. Alors c'est ce qu'on va faire pour ce monsieur : s'accrocher.
Balles de match sauvées, tie-break perdu
Et je reviens. Des balles de débreak offertes, un slice pour égaliser, un lob superbe, et je repasse devant 5-4 au changement de côté - quelle remontée. Mais rebelote : une autre balle faute de 20-30 cm, et Jules ne me croit toujours pas, il va même demander à quelqu'un de sa famille. Cette fois je prends le point, mais ça me sort complètement du jeu et je donne les points suivants. Cerise sur le gâteau : je me fais mal à l'adducteur sur un déplacement, le genou qui rentre à l'intérieur, et je perds un jeu où j'avais pourtant l'avantage. Je vis le nightmare.
Jules se retrouve à deux points du match, puis s'offre des balles de match. J'en sauve - un contre-pied bien senti, une seconde balle sans prendre de risque - et on file au tie-break. Je le sais : si je le gagne, je l'emmène au super tie-break. Mais je le démarre mal, 2-0 pour lui, et malgré une fin serrée où tout se joue à rien, il conclut sur un passing magnifique. Rester solide dans sa tête après toutes ces balles de match sauvées, ce n'est pas facile : bravo Jules, super match.
Une défaite cruelle, mêmes armes
Celle-là est cruelle. Je ne vais pas mentir : sur le coup, ça met une petite dep. Il l'a bien joué, il a été solide, techniquement il est très bon. Mais je connais mon problème : dès qu'il y a un mood un peu bizarre dans un match, je lâche des jeux entiers. C'est ma faute, je reste bloqué mentalement sur ces situations. Je me suis quand même battu avec mes armes jusqu'au bout. La question de la vidéo reste ouverte : on peut revenir au tennis, ou pas ?
Le match complet, avec le point litigieux et les réactions à chaud, est dans la vidéo.


